25 juin 2006

Mon concierge, ce psychopathe

Mon concierge commence réellement à me faire peur. J'avais entendu des rumeurs quand j'étais arrivé dans ma résidence, on m'avait dit de faire attention, qu'il faisait du zèle et qu'il avait l'habitude de laisser des "petits mots". Je m'étais dit que ça n'était pas bien grave, que c'est bien qu'il fasse correctement son boulot, je ne savais pas encore le lourd tribu qu'il allait falloir verser [j'essaye de dramatiser un peu l'histoire] ! Tout a commencé lors de la remise des clefs, je n'étais pas là, mes parents s'en étaient chargé. Ils s'étaient garés en bas de l'immeuble, à l'intérieur de la résidence, rien d'interdit mais en ressortant, ils aperçoivent quelque chose de blanc sur le pare-brise... Ils ne le savaient pas encore mais la malédiction des "petits mots" commençait à cet instant précis. Le concierge leur reprochait d'avoir mordu sur la bordure avec un de leur pneu (de cinq centimètres), parce que ça défonçait les trottoirs... Ce n'était rien comparé à ce qui m'attendait !

Quelques temps se passent, j'emménage et prend mes habitudes quand un matin en passant dans le hall, un autre "petit mot" est collé à une vitre de l'entrée : "Il est interdit de laisser vos vélos devant l'entrée, un local au sous-sol est prévu à cet effet". Hum... ce n'était pourtant qu'un vélo attaché à une barre de fer en bas de l'immeuble, ça ne gênait personne et le local vélo n'est pas bien pratique puisqu'au sous-sol... Je ne fais pas attention : je n'ai pas encore de vélo à Lille. Mais je me dis que ces "petits mots" ne me disent rien qui vaille. Quelques jours plus tard, des petits jeunes fêtent les vacances un peu trop bruyamment, une avalanche de "petits mots" arrive dans l'ascenseur : des mises en garde avant l'appel de la Police, des rappels du numéro du commissariat et tout le monde s'en donne à coeur joie de sa petite contribution si bien que le miroir devient un lieu d'échange de reproches entre voisins. Les petits jeunes raturent sur le papier du concierge, il en remet un, ils le gribouillent, il le met sous plastique, ils le déchirent, il le scotche. Ils finissent par démonter des panneaux de stationnement interdit en bas de l'immeuble... Nouvelle salve de "petits mots" puis les choses reviennent petit à petit à la normale.

Les mois s'enchaînent, les "petits mots" pleuvent sur des sujets tout aussi divers que variés : interdiction de faire du bruit le soir, interdiction de garder sa télécommande de portail dans la voiture, interdiction de jeter des gravas dans le vide-ordure, interdiction de jeter de gros cartons dans la poubelle, interdiction d'emmener les chiens dans le parc (depuis vendredi dernier), interdiction de rester stationné plus de 30 minutes en bas de l'immeuble... Vous vous surprenez à appréhender le prochain "petit mot" autant que le prochain meurtre d’un tueur en série. Et c'est avec ce dernier que les choses vont tourner à la démesure. Reprenons tous en cœur "Et là, c’est le drame !".

Pour bien comprendre l'histoire, il faut se représenter la résidence : en bas de l'immeuble, il y a le long de l'allée une petite dizaine de places de parking non attribuées, utilisables en dépose-minute. Ca rend bien service, tout le monde les utilise un jour ou l'autre, certains plus que d'autres puisqu'ils restent garés là tout le temps... Personne ne s'en plaint, c'est pratique pour descendre les courses, éviter de descendre au second sous-sol souvent inondé pour se garer ou encore stationner le midi le temps du déjeuner. Deux panneaux signalent le "Stationnement limité à 30 minutes" mais personne n’y fait vraiment attention.... Mais voilà qu'un jour le fameux concierge prend cette cause comme croisade et se jure de faire respecter ces panneaux !

Il commence par laisser des "petits mots" sur les pare-brises signalant qu'il s'agit là d'un premier avertissement et que si vous continuez à vous garer là vous aurez droit à un autocollant de la mort qui tue. Ensuite il passe à l'acte et colle des dizaines d'autocollants "Stationnement irrégulier" (le genre très difficile à décoller sans les déchirer) sur les vitres des voitures. Et comme ça ne suffisait pas, il laisse encore des "petits mots" sous l'essuie-glace pour informer les résidents que la prochaine fois sa télécommande sera déprogrammée à ses frais ! Désormais il surveille toutes les allers et venues, chronomètre le temps de stationnement des voitures (je ne sais toujours pas comment il s'y prend à ce propos, il doit se planquer dans les buissons) et colle des autocollants à tout va.

Petit à petit, cet espace de stationnement (ce petit paradis terrestre même !) se vide, la peur du concierge devenu fou hante les esprits, cause des cauchemars la nuit et sert même de prétexte pour intimider les enfants : "Mange tes petits pois sinon j’appelle le concierge !". L’histoire est en passe de devenir une légende urbaine qui servira un jour sûrement de scénario à un film américain quand soudain un autre rebondissement vient assombrir une affaire qui a déjà fait couler beaucoup d’encre (en l’occurrence celle de l’imprimante du concierge, outil indispensable pour faire les "petits mots"). Satisfait de sa victoire contre les voitures (il doit avoir un air de famille avec Martine), dans un dernier coup d’éclat le concierge fou recouvre la bordure du trottoir d’une peinture jaune qui pète ! Sans aucune explication, les gens appréhendent de se garer là et même le dépose-minute disparaît. Et pour cause, notre ami le concierge vient de supprimer la moitié des places de parking en bas de l’immeuble d’un simple coup de pinceau. Des envies de meurtre se sont emparées de moi quand je m’en suis aperçu.

Moralité : moi qui croyait être protégé de la croisade de Martine une fois les grilles de ma résidence passées, je suis bien obligé de subir les délires anti-voitures de mon concierge ! En toute logique la nuit je rêve de lui recouvrir la tronche à coup de peinture jaune et d’autocollants. Voilà qui va m’aider à ne pas regretter mon immeuble quand je déménagerai d’ici deux mois !

7 commentaires:

Alcib a dit…

Inquiétant, en effet, ce concierge !
Futur associé d'un certain Sarko ?

Félicitations pour ce blogue. Très intéressant et très bien écrit.

pouxi a dit…

"le psychopathe du 31" ou "Serial-killer en post-it". C'est dingue les obsessions de nos contemporains. Faut-il qu'il soit pas bien dans sa peau celui-là... et dieu sait quelle sera sa prochaine croisade !

greg a dit…

Ton concierge est un serial colleur d'autocollant et autres post-it.
A mon avis il a subi un choc post-traumatique du rouleau de scotch en primaire.
Encore heureux que les concierge de la banlieue parisienne ne sont pas comme lui.
A part ça, ton blog est bien écrit, j'aime bien.
allez à plus.
Gregory san.

Alcib a dit…

Joyeux anniversaire, jeune homme d'un quart de siècle ;o))
Je te souhaite d'autres bons quarts du genre et surutout que ceux-ci soient bien remplis, plein de bonne choses.

T. a dit…

Happy happy birthday :)

Anonyme a dit…

tiens.... j'ai le même en féminin... et c'est tout de même assez stressant

Anonyme a dit…

Belle prose ! Mais pas d'accord avec le fond...
En effet, je pense que ce gardien, ou concierge comme on veut, fait son boulot... et si certains "petits mots" peuvent sembler abusifs, pour moi la majorité d'entre-eux étaient surement justifiés...
Mais je pense que maintenant vous n'êtes plus dans cette résidence... et que vous avez choisi la nouvelle en fonction du concierge ;-)